Déforestation

Déforestation

Beaucoup d’encre a déjà coulé à propos de la déforestation imputable à l’agriculture intensive dans le Sud. L’impact de cultures telles que le soja et l’huile de palme sur la couverture forestière et la biodiversité est relativement bien connu du grand public. A contrario, le déboisement massif des forêts (tropicales) au profit de la cacaoculture est passée inaperçue pendant des années. 

 

Chiffres vertigineux

Les fèves de cacao sont principalement produites en Amérique du Sud et en Afrique de l’Ouest. Principaux producteurs, la Côte d’Ivoire et le Ghana totalisent quelque 60% de la production mondiale de cacao. C’est donc essentiellement dans ces pays que les répercussions de la cacaoculture sont les plus marquées. Entre 1990 et 2015, 85 % de l’étendue forestière originelle de la Côte d'Ivoire a disparu1. Au Ghana aussi, la superficie forestière fond comme neige au soleil. Dans les deux cas, c’est le cacao qui en constitue l’une des causes majeures.

En Afrique de l’Ouest, environ 2 millions d’agriculteurs2 travaillent dans de petites plantations souvent familiales. Ils gagnent en moyenne 0,67 € par jour3, bien en deçà du seuil de pauvreté donc. Le prix perçu par ces agriculteurs pour leur cacao est beaucoup trop bas et, de plus, les terres agricoles s’épuisent. S’ils veulent avoir un revenu viable, les agriculteurs se voient obligés de produire davantage de cacao. Pour y parvenir, ils sont toujours plus nombreux à s’enfoncer dans les forêts où ils coupent ou brûlent la végétation pour la remplacer par des cacaoyers. De récentes études démontrent d’ailleurs que les zones protégées et les parcs nationaux ne sont eux pas non plus à l’abri : sur les 23 zones protégées analysées en Côte d’Ivoire, 7 se sont avérées quasi totalement envahies par la cacaoculture4. La raison en est toute simple : les cacaoyers dans les plantations existantes sont de plus en plus vieux et produisent donc de moins en moins. En guise de solution à court terme, les agriculteurs plantent de nouveaux arbres dans le sol forestier fertile. Reste qu’après quelques années de culture intensive, cette terre est elle aussi épuisée, ce qui se solde par l’abattage d’une nouvelle zone forestière.

Le grand paradoxe dans cette histoire, c’est cependant l’effet désastreux de la déforestation sur la cacaoculture même. L’abattage d’arbres perturbe l’équilibre entre la température du sol, les minéraux et la teneur en eau, ce qui provoque sécheresse et précipitations imprévisibles. Ces phénomènes ont dès lors un impact direct sur la cacaoculture qui risque même de devenir impossible à long terme en Côte d’Ivoire et au Ghana.

Certification et déforestation

Des labels comme Fairtrade, UTZ et Rainforest Alliance, peuvent assurément jouer un rôle dans la réduction de l’abattage d’arbres. Les agriculteurs qui veulent décrocher une de ces certifications doivent satisfaire à toute une série de critères, dont quelques-uns liés à la déforestation. Ces critères sont plus ou moins stricts selon la définition donnée par le label au concept de « forêt ». La norme la plus exigeante en matière de déforestation est celle de la Rainforest Alliance, un label à très forte orientation écologique. Ce dernier garantit la préservation de toutes les forêts, tant primaires que secondaires (replantées). Pour leur part, Fairtrade et UTZ se limitent aux forêts primaires.

L’appui et l’encouragement des cacaoculteurs à se faire certifier constituent donc une piste précieuse dans la lutte contre la déforestation. La coopérative ghanéenne de cacao Kookoo Pa Farmers Association en est un bon exemple. Cette organisation a d’ores et déjà décroché la certification UTZ et possède entre autres des fermes de démonstration dans lesquelles les agriculteurs suivent des formations sur des méthodes de production durable. Grâce à l’appui financier du TDC, la coopérative est parvenue en 2017 à intégrer quelque 2.000 nouveaux agriculteurs et à mettre en place un réseau de community level facilitators (CLF). Ces CLF ont bénéficié d’une formation technique portant sur les techniques de production durable et une feuille de route pour la certification. À leur tour, ils se chargent de former les habitants de leurs villages. La clé d’une production plus efficace, équitable et durable de cacao passe en effet (en partie) par un renforcement de l’organisation : en s’organisant en coopératives, les agriculteurs jouissent d’un meilleur accès à la connaissance et aux ressources, et la voie vers la certification leur est ouverte.

Comment réagit l’industrie ?

Les industriels du chocolat commencent à prendre conscience des dégâts. Les grosses pointures du secteur, telles que Barry Callebaut, Nestlé et Mondelez, se sont pour la première fois réunies à Londres au début de 2017 pour discuter de la problématique de la déforestation. Ces multinationales possèdent pour la plupart leurs propres programmes de durabilité avec des projets sur place. Certaines d’entre elles travaillent en outre aussi avec des systèmes de certification externes comme Fairtrade, UTZ ou Rainforest Alliance. La réunion de 2017 a certes abouti à l’engagement de réduire conjointement la déforestation, mais les modalités précises de cette collaboration ne sont cependant toujours pas très claires.

La culture de cacao durable est-elle possible ?

Assurément. L’agroforesterie est une méthode agricole alternative qui combine la plantation et la gestion d’arbres avec la culture de légumes et de fruits, et avec l’élevage. Cette méthode s’accompagne de plusieurs avantages : les terres agricoles sont plus fertiles et mieux protégées contre les intempéries et les maladies.

Le modèle d’agroforesterie demande cependant du temps et des investissements, soit deux choses dont les agriculteurs ouest-africains ne disposent pas. Et pourtant, s’ils veulent continuer à produire du cacao à long terme, la Côte d’Ivoire et le Ghana devront mettre en place de nouvelles stratégies agricoles. Un rapport de Climate Focus, rédigé pour la Banque mondiale, préconise une réglementation plus stricte émanant des pouvoirs publics, un appui financier, de même que la restauration et la régénération de plantations de cacao plus anciennes comme stratégies potentielles permettant de mettre un terme à la déforestation qui se poursuit à un rythme effréné.

Dans les conditions actuelles, le Ghana et la Côte d’Ivoire foncent tête baissée vers non pas un, mais deux scénarios catastrophes, à savoir : la disparition de la quasi-totalité de leurs forêts et un climat changeant qui risque de fortement perturber la production de cacao.

Photos

1. Deforestation Ivoorkust - Mighty Earth
2. Forest cover Ivoorkust - Mighty Earth
3. Asante Bismark Ghana - Mwangi Kirubi

Sources