Fair fashion et slow fashion

Fair fashion et slow fashion

Dire que l’industrie de l’habillement s’est engagée dans une course vers le bas ces dernières décennies revient à enfoncer une porte ouverte. Depuis 30 ans déjà, l’alliance internationale Clean Clothes Campaign documente les dérives des filières mondialisées de l’habillement : des salaires bas, la misère la plus noire et une charge de travail excessive à l’énorme dégradation environnementale et un manque total de transparence.

Mais aujourd’hui, un nouveau mouvement se développe : la mode lente ou slow fashion, qui entend faire rimer mode et plaisir avec prise de conscience et responsabilité. Les slow fashionistas sont dès lors en quête de modes de consommation et de production plus responsables. Leur philosophie s’articule autour des 4 R : réduction, réemploi, réparation et revente.


• Une course vers le bas
Slow fashion
Fair fashion et slow fashion pendant la Semaine du commerce équitable…
• ... et le reste de l’année
Organisations et certifications
Vêtements propres sur le lieu de travail
Liens et articles

Une course vers le bas

L’effondrement, le 24 avril 2013, des six étages de l’immeuble Rana Plaza dans un faubourg industriel de la ville de Dacca a coûté la vie à 1.138 ouvriers du textile bangladais, ensevelis sous des tonnes de gravats et de vêtements destinés au marché européen et américain. Mais bien plus qu’un vice de construction du bâtiment, la catastrophe a révélé la course vers le bas du secteur textile, avec pour triste trophée des T-shirts en vente pour 2 euros dans des enseignes à prix cassés dans nos rues commerçantes.

https://www.youtube.com/watch?v=qQr727s8fUw  

En 1978, les ménages belges consacraient encore plus de 33 % de leur budget à l’habillement. Ils achetaient des vêtements solides, résistants à l’usure du temps et produits dans notre propre pays. À l’heure actuelle, les vêtements sont devenus un produit mondialisé, confectionné là où les salaires sont les plus bas et où toute activité syndicale est exclue. La filière est extrêmement complexe et comporte de très nombreux maillons, passe souvent aussi par des circuits informels, comme le travail à domicile non réglementé ou les ateliers de production illégaux.

Si les bénéfices de l’industrie du vêtement et du secteur de la distribution se chiffrent en milliards, les quelques euros par jour que gagnent la plupart des ouvriers textiles - d’après les estimations, pas moins de 60 millions de personnes, dont 75 % de femmes - les enferment dans le cercle vicieux de la pauvreté. D’autre part, il n’est pas rare que les journées de travail « normales » de 10 à 12 h se transforment en marathons de 16 à 18 heures en périodes plus chargées. Aussi les plaintes pour problèmes de santé sont-elles légion.

Made in China est incontestablement le label le plus connu chez nous. La croissance économique que connaît la Chine y a toutefois lentement porté les salaires à la hausse, de sorte que le plus grand pays exportateur au monde se voit désormais lui aussi confronté à la délocalisation du travail. La couture sur machine ou à la main constituant des travaux manuels répétitifs, l’industrie textile est particulièrement facile à délocaliser. Si c’est aujourd’hui au Cambodge et en Birmanie que se trouvent les ouvriers les moins chers et les plus rapides, ce serait cependant une erreur de croire que les bas salaires et les mauvaises conditions de travail sont l’apanage des pays asiatiques. De nombreux rapports de la Clean Clothes Campaign ont en effet démontré que les entreprises considèrent l’Europe de l’Est comme un vivier de couturières bon marché.

L’industrie du vêtement a tendance à rejeter la faute sur les gouvernements, à qui il revient de rehausser les salaires minimums légaux, mais qui hésitent à le faire, de peur de compromettre leur compétitivité. Quant aux ouvriers, ils se taisent, tant ils se savent remplaçables.

Slow fashion

Le mouvement de la slow fashion a vu le jour en réaction à la vague dominante de la fast fashion qui a envahi nos rues commerçantes. De nos jours, la majeure partie de nos vêtements sont en effet produits au plus vite et au moins cher, de sorte à pouvoir les vendre à des prix planchers et à faire passer les consommateurs d’une collection à l’autre à un rythme effréné. Ce faisant, l’industrie ne se soucie guère de l’impact écologique ou social.
 

Le mouvement slow fashion, quant à lui, entend associer mode et plaisir à la prise de conscience et de responsabilité. Ce nom a été créé par Kate Fletcher, professeure à l’Université des Arts de Londres, activiste et auteure de plusieurs livres sur l’habillement, la conception et les matières durables. La slow fashion est un très vaste concept qui place l’être humain et l’environnement au cœur du long processus de la matière première au produit fini. À cet égard, la traçabilité est un élément clé : elle permet de savoir d’où provient un vêtement et constitue un premier pas vers la recherche d’une solution éthique et responsable à chaque étape de cette chaîne complexe.

Qui dit slow fashion, dit mode de production responsable. Ce mouvement se tourne donc en premier ressort vers des matières premières à faible impact écologique, telles que le coton bio, le chanvre, le bambou ou des tissus recyclés. L’organisation Made-By a par ailleurs mis au point une méthode de calcul de l’empreinte écologique d’une matière première. En aval de la chaîne, d’autres étapes requièrent l’attention : teinture sans produits toxiques, lavage sans gaspillage d’eau, impression à l’encre écologique… Il est important que toutes les personnes impliquées, des cultivateurs de coton aux couturières, travaillent dans des conditions sûres et saines, et soient rémunérées correctement.

La slow fashion sous-entend cependant aussi un mode de consommation responsable. Chaque année, quelque 4 milliards de kilos de vêtement non portés sont jetés ! Après une courte durée de vie, trois vêtements sur quatre finissent eux aussi à la décharge. Aussi, de nouveaux concepts tels que le seconde main, le troc ou swishing, le partage, le recyclage et la réparation ont fait leur entrée dans le mouvement slow fashion. Les slow fashionistas examinent d’abord le contenu de leur garde-robe afin d’éviter tout achat inutile. Leur devise est simple : « Acheter moins, choisir bien ! » Ou, pour en revenir aux quatre R : réduction, réemploi, réparation et revente.

Des vêtements de qualité représentant une somme de travail décent reviennent bien entendu plus cher, mais en tant que consommateurs, il nous faut nous interroger sur leur cost per wear (coût par utilisation). En effet, si leur coût d’acquisition est supérieur, ces vêtements sont plus durables et vous les porterez plus souvent. Un petit calcul de ce que ces vêtements coûtent par utilisation ne manquera pas de vous étonner lorsque vous comparerez le résultat à celui de la fast fashion !

#Whomademyclothes

Un an jour pour jour après l’effondrement du Rana Plaza, la créatrice de mode britannique Carry Somers a organisé une journée Fair Fashion Revolution en commémoration des victimes, dans le but d’appeler les consommateurs, les autorités et les entreprises à réfléchir à l’origine de leurs vêtements sous le slogan #whomademyclothes. Entretemps, la Fashion Revolution Week est devenue une initiative annuelle, dans le cadre de laquelle plus de 100 pays, dont la Belgique, mettent en place des activités.

Fair fashion et slow fashion pendant la Semaine du commerce équitable…

Que la mode équitable et la mode lente constituent des thèmes plus qu’actuels transparaît aussi dans les activités organisées à l’occasion de la Semaine du commerce équitable. Ainsi, dans l’offre figurent par exemple :

  • M-Fair, une initiative de la ville de Mechelen qui en est déjà à sa cinquième édition. Une journée entière y est consacrée à la mode équitable avec des défilés de mode, un concours de design, un marché et des débats. Cette année, elle a lieu le 6 octobre.
  • La Commune du commerce équitable de Herent mise pleinement sur des vêtements de sport équitables. Le comité de pilotage encourage les clubs sportifs locaux à opter, avec leurs fournisseurs, pour des vêtements de sport plus durables pour leurs membres. L’année prochaine, ils élargiront également leur initiative aux écoles.
  • Jette propose toute une semaine d’activités, dont un stand interactif dans la maison communale et des ateliers, afin de sensibiliser ses habitants à la thématique de la fair fashion.
  • La ville de Gand, de son côté, organise une fois de plus une Fair Fashion Walks, c’est-à-dire une promenade dans son beau centre-ville à la découverte des hotspots proposant des vêtements équitables et durables.

 

... et le reste de l’année


Si vous voulez partir à la découverte de la fair fashion et de la slow fashion en dehors de la Semaine du commerce équitable, de nombreuses possibilités s’offrent également à vous.

  • COSH! : cette toute nouvelle appli lancée en septembre 2019 rassemble toutes les adresses de mode équitable et durable près de chez vous.
  • Gent Fair Trade, une collaboration entre la ville et les Oxfam-Wereldwinkels, mise depuis plusieurs années sur la mode équitable avec une quatrième édition déjà de sa Fair Fashion Fest, qui propose ateliers, débats et défilés de mode, et qui attire des milliers de visiteurs. Cette initiative émane d’une plateforme rassemblant une cinquantaine d’entrepreneurs, généralement jeunes, qui viennent écouter des experts et dialoguer entre eux à l’occasion des Fair Fashion Talks. Le site web gentfairtrade.be et la brochure Slow Fashion Forward informent sur tous les hotspots et boutiques de la ville à la disposition des slow fashionistas.
  • Des sites web comme ontketening.be ou goodonyou.eco suivent de près l’évolution de la slow fashion.
  • Plusieurs marques de vêtements éthiques ont vu le jour en Belgique et nos rues commerçantes accueillent un nombre toujours croissant de boutiques équitables et écologiques. Quelques exemples : Studio Ama utilise les déchets de l’industrie textile locale et collabore avec des entreprises de travail adapté pour la conception. Let’s be honest récupère les fibres de coton de jeans usagés et les file à nouveau à l’aide d’une technologie innovante qui ne libère pas de microplastiques lors de la teinture et du lavage.
  • Magasins et hotspots à Bruxelles et en Wallonie :
  • Ozfair, Saint-Gilles
  • Paul & Mieke, Bruxelles
  • Wonderloop, Bruxelles
  • Half the Sky, Liège
  • Le petit Napo, Gembloux
  • Peoples Color, Louvain-la-Neuve
  • Couleurs Sud, Court-St-Etienne
  • L’envol du colibri, Leuze
  • Luna Violette, Rixensart
  • La Belgique compte de plus en plus de magasins Les Petits Riens, Oxfam Shops ou Think Twice. Le site swishing.be, enfin, vous informe des dates et lieux où sont organisés des événements de troc de vêtements.

 

Organisations, labels et initiatives pour des vêtements (plus) équitables

De nombreuses organisations et initiatives montent aux barricades pour « éthiciser » la filière de l’habillement.
En voici un petit aperçu :
Clean Clothes Campaign (CCC) : la coalition internationale de syndicats et d’ONG Clean Clothes Campaign documente et dénonce depuis près de 30 ans les conditions de travail dans l’industrie de l’habillement. En Belgique, ce sont ses branches Schone Kleren Campagne en Flandre et achACT en Wallonie qui se fondent sur ces recherches pour leur mobilisation et leurs actions. 
Fashion Revolution : cette organisation sonde régulièrement les 200 plus grandes marques de vêtements dans l’optique de publier chaque année son indice Fashion Transparency Index sur la base des réponses fournies.
• Quand l’opinion publique a commencé à s’émouvoir des mauvaises conditions de travail dans le secteur, bon nombre de marques ont réagi en élaborant un code de conduite interne. Si ces codes étaient à leurs débuts assez limités et que d’importants éléments tels que le salaire minimum vital et le droit à l’organisation n’y étaient pas repris, ils sont désormais plus complets. Il reste cependant que, selon le rapport Tailored Wages 2019 de Clean Clothes Campaign, les paroles ne sont pas assez suivies d’actes, et ce, pour 20 des grandes marques de mode. Imposer des critères aux fournisseurs est une bonne chose, mais le contrôle de leur respect requiert d’importants efforts supplémentaires.

Fair Wear Foundation : cette initiative conjointe de fédérations professionnelles, ONG et syndicats est sans nul doute l’initiative multipartite la plus connue dans le secteur de l’habillement. Elle regroupe entretemps pas moins de 130 entreprises à travers le monde. Celles-ci ont souscrit à un code de conduite strict et se déclarent disposées à faire pression sur leurs fournisseurs et à autoriser des contrôles externes. Pour leur part, elles sont libres de communiquer sur leur adhésion à l’initiative. Si celle-ci ne constitue pas une garantie que les vêtements seront « propres » à 100 %, elle démontre toutefois que ces entreprises se sont engagées dans un processus d’amélioration visant à respecter les normes en matière de salaires et de conditions de travail. Le site web de la Fair Wear Foundation publie les rapports d’avancement annuels de tous ses membres. Sont particulièrement bien représentées les marques de vêtements outdoor (Vaude, Haglöfs, Deuter, Sprayway et Jack Wolfskin, entre autres). Après que Mayerline, B&C et Stanley and Stella ont lancé le bal en Belgique, les marques Bel&Bo, JBC et FNG (Superstar, Fred & Ginger) leur ont emboîté le pas.
Fairtrade : le label Fairtrade existe depuis 2004 déjà pour le coton. Il garantit, outre une série de critères sociaux et écologiques, un prix minimum pour les petits producteurs de coton, ainsi qu’une prime Fairtrade pouvant alors être réinvestie dans leur communauté.
• Le label à orientation plutôt sociale WFTO rassemble les producteurs du Sud qui travaillent dans le respect des critères Fairtrade.
GOTS (Global Organic Textile Standard) certifie le processus de production de la matière première biologique au vêtement fini. Le label iVN Naturtextil est encore plus sévère à cet égard que GOTS. STeP (Sustainable Textile Production) est un autre label se fondant essentiellement sur des critères écologiques.
SA8000 n’est pas un label pour les vêtements finis, mais un certificat qui peut être décerné à un site de production et qui s’intéresse surtout aux conditions de travail.


Vêtements propres sur le lieu de travail

Ce ne sont pas que les consommateurs qui achètent des vêtements. Les entreprises et les services publics ayant eux aussi souvent besoin de vêtements de travail en grande quantité, ils ont donc la possibilité de jouer la carte équitable. Il reste cependant que cela n’est pas si évident pour les pouvoirs publics - qui représentent environ la moitié de l’ensemble des vêtements de travail -  étant donné que leurs procédures d’achat sont bien souvent complexes.

Carole Crabbé d’achACT confirme qu’opter pour des textiles éthiques dans le cadre de marchés publics n’est pas un exercice facile. « Bon nombre d’acheteurs ne sont pas familiarisés avec le thème et craignent des répercussions sur le plan juridique. Aussi avons-nous mené une campagne à la veille des élections municipales wallonnes et bruxelloises de 2018 pour sensibiliser les nouvelles administrations, d’autant plus que le législateur belge avait ouvert une brèche en 2017 en autorisant la prise en compte non seulement du coût d’acquisition, mais de l’ensemble des coûts liés au cycle de vie du produit. »
Gent Fair Trade fait figure de pionnier en la matière ces dernières années. Lisez son histoire.

La ville de Gand et l’Association des Villes et Communes flamandes (VVSG) ont créé ensemble une toolbox sociaal verantwoorde werkkledij (vêtements de travail socialement responsables).

Autres liens et articles : 

• Lisez l’article sur les vêtements équitables dans notre supplément consacré au commerce équitable dans Knack en date du 27/09/17